Publié le 18 Mai 2011

Une étude menée par Ernst & Young, et publiée en avril 2010, pointe l’importance des entreprises dirigées par des femmes dans la création de richesses, et l’intérêt que ces entreprises peuvent représenter dans un contexte de redémarrage économique, tout en mettant en évidence l’une des principales difficultés de ces compagnierecnontrées par ces entreprises : l’accès au financement.

« Oubliez la Chine, l’Inde et l’Internet : la croissance économique est dans les mains des femmes » : c’est ce qu’on pouvait lire dans les colonnes de la revue The Economist, en avril 2006. Quatre ans plus tard, et après les bouleversements qu’a connu l’économie mondiale, le constat dressé par Ernst & Young dans son étude «  Scaling up :Why Women owned business can recharge the global Economy » reste similaire. S’appuyant sur une publication du Center for Women’s business Research[1], l’étude met en avant le fait que les huit millions d’entreprises dirigées par les femmes aux Etats-Unis ont un impact économique annuel de près de trois milliards de dollars, tout en étant à l’origine de plus de 23 millions d’emplois, soit 16% de l’emploi total aux Etats-Unis. Un impact économique non négligeable, qui pourrait être démultiplié, si toutefois certaines barrières à la croissance de ces entreprises étaient levées. Plus que leur nombre, c’est donc la question de la croissance des entreprises dirigées par des femmes qui se pose. Si leur surperformance est avérée par de nombreuses études, aux Etats-Unis, ce ne sont que 3% d’entre elles qui parviennent à dépasser le seuil d’un million de dollars de revenus par an, alors que cette proportion double pour les entreprises dirigées par des hommes.

Parmi les barrières à la croissance des entreprises dirigées par des femmes évoquées par le rapport, la principale demeure donc celle de l’accès au financement, et notamment au marché du private equity. Ainsi, dans l'un de ses travaux, le Babson College parvenait à la conclusion que si les entreprises dirigées par des femmes démarraient avec un capital similaire à leurs homologues masculins, elles créeraient, aux Etats-Unis, près de six millions d’emplois en cinq ans, dont deux millions dès la première année. Une réalité confirmée par la simple observation des données du capital investissement : chaque année, seul 5% des capitaux du private equity vont à des entreprises dirigées par des femmes (une proportion qui descend à 3% lorsqu’il s’agit du venture capital). Des données paradoxales si l’on considère que, depuis les années 1990, le nombre d’entreprises dirigées par des femmes a cru 60% plus vite que celui des entreprises dirigées par des hommes. 

 

La barrière de l'accès au capital

 

Or, l’accès au capital est d’autant plus crucial qu’il conditionne le développement de l’entreprise : une étude menée par la fondation Kauffmann[2] montrait, en janvier 2009, que les femmes recourraient davantage à leurs fonds personnels ou au « Love  Money »  (ressources financières fournies à l’entrepreneur par son cercle familial ou amical) qu’à des ressources extérieures que les hommes. Conséquence : en moyenne, le montant de capitaux levés au démarrage d’une entreprise s’élevait à 58 142 $ pour les entreprises dirigées par des femmes, contre 90 259 $ pour leurs homologues masculins. Une différence au démarrage qui peut inhiber la croissance des entreprises dirigées par des femmes. Et ce, alors que des études ont montré que les entrepreneures faisaient une utilisation plus efficiente du capital[3]. Cet état de fait est lié à une multiplicité de causes, parmi lesquelles une certaine méconnaissance des femmes de l’univers du capital-investissement, lequel reste pour sa part assez réticent à l’idée d’investir dans des entreprises dirigées par des femmes, mais aussi le manque de références ou « role-models » féminins dans le domaine du business, ainsi qu’une certaine aversion au risque.

Véritable réservoir de croissance et d’emplois, les entreprises dirigées par des femmes pourraient bien constituer la clé de la reprise économique, si l’on considère à la fois leur gestion raisonnée et leurs performances qui dépassent celles des entreprises dirigées par des hommes, à la condition qu’un écosystème financier adéquat se mette en place, sous l’impulsion d’acteurs publics autant que privés. C’est en tout cas ce que préconise le rapport d’Ernst & Young, qui distingue notamment deux initiatives américaines : d’une part, Springboard Enterprises, (qui a fait l’objet d’un article dans ces pages), qui organise des forums d’investissement réunissant entrepreneures et investisseurs, dans l’idée de faciliter le dialogue et les affaires entre ces deux sphères trop souvent étrangères, et le Fonds Isabella, fonds de venture-capital dédié aux entreprises à croissance rapide, qui intervient à un stade de développement précoce.



[1] The Economic impact of Women-Owned businesses in the United States, Center for Women’s Businesses Research, Octobre 2009

[2] Characteristics of new firms : a comparison by gender, Ewing Marion Kauffmann Foudation, Janvier 2009

[3] Women not doing it for themselves, Library House Newsletter, 2007

 

External link

Ernst & Young

L'étude dans son intégralité

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