Women Equity 50 2020
Publié le 25 Avril 2013

Danièle Licata, responsable éditoriale de la Lettre Femmes & Business by L’Expansion, journaliste au magazine L’Expansion et à la Lettre de L’Expansion, nous livre son état des lieux à l'occasion du déjeuner-débat du Club WE dédié le 8 avril 2013

La peur d’un crédit « crunch » semblable à celui qui a suivi la catastrophe financière de 2008 refait surface. Les PME avaient été les premières à faire les frais de la crise qui a ébranlé tout le système. Faute de liquidités, les banques leur avaient brutalement coupé les vivres.

« A nouveau, nous craignons que le robinet du crédit ne se ferme » s’inquiète Pierre Gattaz, président du Groupement des Fédérations Industrielles. Dans le milieu des affaires, les patrons agitent le drapeau rouge.

Crise de confiance ?

Selon le dernier baromètre de KPMG et de la CGPME, 71% des PME déclarent connaître au moins une mesure de durcissement de la part de leur banque (contre 66% en septembre dernier). Ce sentiment est même partagé par 82% des PME ayant besoin de financer leur exploitation et 80% de celles qui ont besoin de financer des investissements.

Les PDG des grands groupes s’alarment sur les conséquences de l’assèchement du crédit pour leurs sous-traitants. Alors que les carnets de commandes tendent à se dégarnir et que les délais de paiement allongent en dépit de la loi LME sur la  modernisation de l’économie, les patrons ont plus que jamais besoin de l’appui des banques.

Pourtant aussi surprenant que cela puisse paraître, selon la dernière enquête de la Banque de France, la demande de crédit des entreprises a chuté en décembre. C’est la treizième baisse en dix-sept mois, notent les experts de la BDF. Toujours selon cette enquête, il apparaît que la demande de prêt des PME a reculé tant pour les crédits de trésorerie que pour les crédits d’investissement. Dans ses récentes déclarations, Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, reconnaît que le montant des crédits accordés en décembre a été encore plus faible que lors de la récession de 2008-2009. Les nouveaux prêts de moins d’un million d’euros accordés aux sociétés non financières se sont élevés au total à 5,4 milliards d’euros au mois de décembre, soit moins qu’en décembre 2008, au plus fort de la récession (5,6 milliards d’euros).

De leur côté, les banques certifient qu’elles n’ont pas resserré leurs conditions d’octroi au crédit. Sans compter que les taux d’intérêt sont historiquement bas. Crédible, puisque les patrons avouent hésiter désormais à demander de nouveaux prêts.
Les raisons évoquées sont multiples. « L’aversion des comités de crédit au risque est si forte et la confiance dans les dossiers des entrepreneurs si faible, qu’il devient inutile de demander un effort à son banquier, à moins de disposer d’un matelas financier ou de garanties suffisantes pour assurer le risque zéro » explique Denis Jacquet, président de Parrainer la croissance. « Du coup, la crise du crédit, au départ une crise de liquidités est devenue une véritable crise de confiance », poursuit Gontran Lejeune, Président du Centre des Jeunes Dirigeants.

Pour Denis Le Bossé, président du Cabinet ARC, spécialiste en recouvrement, la mise en place prévue par le pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi, d’un dispositif de garantie publique permettant d’engranger plus de 500 millions d’euros de crédits de trésorerie pour les PME et les TPE, est une bonne nouvelle. Car il devrait rendre les banques plus prêteuses. Concrètement, les PME, sous la seule condition de ne pas être en difficulté structurelle, peuvent solliciter un crédit de trésorerie auprès de leur banque habituelle. Celle-ci se retournera vers Oséo (en attendant la mise en place de la Banque Publique d’investissement) auprès de laquelle un fonds a été créé spécifiquement qui garantit des prêts de 2 à 7 ans pour un montant maximum de 1,5 millions d’euros par entreprise.

Danièle Licata, journaliste à l'Expansion
Danièle Licata, journaliste à l'Expansion

Le point noir du crédit inter-entreprises

Certes, ce dispositif de garantie publique est un ballon d’oxygène, mais selon le dernier rapport de l’Observatoire des Délais de paiement, le respect des délais inter-entreprises serait un levier bien plus efficace. D’après le ministère de l’économie et des finances, le montant total des crédits inter-entreprises est évalué à 600 milliards d’euros, soit environ 30% du PIB (contre 36% en Italie mais seulement 14% en Allemagne). Or, si la loi LME était correctement suivie, ce sont pas moins de 20 milliards d’euros qui entreraient dans les caisses des PME et TPE. Pourtant le litiges continuent de progresser (+36% l’an dernier). Aujourd’hui, une entreprise sur trois présente encore des délais non conformes (60 jours calendaires), au risque, en multipliant les impayés, de faire exploser le nombre de faillites.

Financer son besoin en fonds de roulement

C’est la raison pour laquelle les entreprises doivent financer leur poste client.

Au-delà du financement bancaire, sous forme d’autorisation de découvert ou de crédit court terme, il existe le financement par mobilisation de créances : l’affacturage, l’escompte des effets de commerce, ou la mobilisation dite Dailly) sont autant d’instruments de financement qui permettent aux PME de rétablir leur prévisibilité. Au cours des quinze dernières années, la part du financement par mobilisation de créances a augmenté plus vite que celle du financement bancaire, passant de 47% à 53%. Cette hausse est essentiellement due à une forte croissance de l’affacturage. Au 31 décembre 2011, l’encours de créances affacturées (c’est-à-dire l’encours effectivement porté par les affactureurs dans leurs bilans à cette date) s’élevait à 24,74 milliards d’euros, ce qui ne représente pourtant que 4,1% de l’encours total du crédit inter-entreprises. A titre de comparaison la France, avec près de 7% du PIB financé par des outils de mobilisation du poste clients, se situe en dessous des taux de pénétration des économies britanniques et italiennes.

Les instruments de couverture (assurance-crédit, caution fournisseur) sont un autre moyen de se garantir contre le risque de défaut de ses clients. Peu de PME ont cependant recours à l’assurancecrédit. Sur les 196 627 entreprises françaises de plus de 10 salariés, 10,2% seulement sont assurées crédit. Pourtant, cet instrument couvre un pan important du crédit inter-entreprise : selon l’autorité de contrôle prudentiel (ACP), l’encours couvert par les assureurs-crédits en septembre 2012 s’élevait à 365 milliards d’euros environ.

A l’inverse de l’assurance-crédit qui est souscrite par le fournisseur, l’acheteur peut solliciter également une couverture grâce à une caution fournisseur qui constitue un autre moyen de couverture du poste client ou par une garantie autonome (indépendante du contrat de base).

Des initiatives de place

Reste le marché financier comme autre moyen de financement. «Le marché financier doit être une source active de financement supplémentaire», rappelle Gérard Rameix, président de l’Autorité des marchés financiers. Ce dernier, et Thierry Giami, président de l’Observatoire du financement des PME par le marché, ont dévoilé leurs mesures pour améliorer ces financements. La mise en place d’une plate-forme obligataire pour les PME devrait voir le jour, à l’instar de ce qu’ont réalisé certaines places régionales allemandes. Et un fonds de 200 millions, abondé à hauteur de 40 millions par la CDC et le solde par les établissements financiers, devrait enfin être bouclé.

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Compte-rendu complet du déjeuner du Club WE du 8 avril 2013

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