Women Equity 50 2018
Publié le 14 Juin 2012

Interpeller les candidats à l’élection présidentielle de 2012 sur l’égalité hommes-femmes, voilà ce qu’ont entrepris depuis des mois déjà plusieurs associations, au premier rang desquelles le Laboratoire de l’Egalité.

Une élaboration collective

Le Laboratoire pour l’Egalité est une instance paritaire et politiquement plurielle se proposant une triple mission : interpeller les décideurs économiques et politiques, sensibiliser l’opinion publique et rassembler les acteurs de l’égalité professionnelle pour unir leurs voix et leurs efforts. Il fédère ainsi un réseau d’acteurs d’influence ayant la volonté de mettre en œuvre l’égalité dans tous les secteurs de la vie économique et à tous les niveaux de décision. 

A ce titre, le Laboratoire de l’Egalité a envoyé en mars 2011 les orientations générales de son Pacte pour l’égalité à tous les partis et groupes parlementaires. Une fois la campagne présidentielle lancée, les candidats ont été invités à signer ce Pacte pour l’égalité comprenant 20 mesures destinées à faciliter l’instauration de l’égalité professionnelle.

Il convient de souligner que ces propositions ont été élaborées collectivement puisque le Laboratoire de l’Egalité indique avoir interrogé les « 600 membres de son réseau, issus d’associations, d’entreprises, de réseaux de femmes, de la fonction publique, des syndicats, du monde "politique, de la recherche, des médias,  de la blogosphère". Riche de la diversité de ces participations, le processus d’élaboration s’est prolongé  avec la constitution de groupes de travail qui ont élaboré les 20 propositions finales. La légitimité du Pacte de l’égalité repose donc en partie sur la création d’un réseau d’influence, prolongeant l’expertise des membres fondateurs et du comité d’orientation du Laboratoire.

La rédaction de ces propositions s’est également appuyée sur les résultats d’une étude réalisée par Mediaprism et le Laboratoire de l’Egalité. Cette étude réalisée « auprès de plus de 3 000 personnes a permis de mesurer les attentes des Françaises et des Français en la matière ». 

Le principal enjeu d’une telle initiative consiste à faire émerger dans l’agenda politique la question de l’égalité professionnelle. Pour ce faire, le Laboratoire de l’Egalité a choisi de légitimer ses propositions en utilisant un outil auquel sont sensibles tous les candidats : l’enquête d’opinion. En montrant que la question intéresse les français et que les électeurs attendent des candidats qu’ils prennent position, le Laboratoire de l’Egalité espère faire de l’égalité professionnelle un thème de campagne.

Parmi les résultats de cette étude, notons que 92% des répondants jugent que l’égalité entre les femmes et les hommes est une question importante, tandis que 2/3considèrent qu’il est important que cette thématique soit à l’ordre du jour de l’élection présidentielle. De plus, près de 80% des répondants déclare qu’il devrait y avoir égalité des sexes dans les instances de direction du domaine professionnel (privé ou public), syndical ou associatif.

20 mesures pour interpeller les candidats

Les mesures proposées s’articulent autour de 4 thématiques. Il s’agit d’abord de promouvoir « la parité et l’accès des femmes aux responsabilités ». Pour ce faire, la suspension du « financement des partis qui ne présenteraient pas 50% de candidates aux élections » est préconisée. Le Pacte pour l’égalité insiste également sur la nécessité de légiférer afin d’instaurer la parité dans toutes les instances de décision publiques et privées. Comme l’a par exemple expliqué Olga Trostiansky lors de la présentation du Pacte pour l’égalité à l’ESSEC le 2 avril dernier : « la parité doit aussi être assurée au sein des organisation syndicales. Si les organisations syndicales ne sont pas paritaires, lors des négociations syndicales, l’égalité professionnelle n’est pas suffisamment travaillée ».

L’égalité salariale et la lutte contre la précarité dans le travail constituent le second cheval de bataille du Laboratoire de l’Égalité. Cette thématique s’appuie sur une application et un renforcement de la législation existante, prévoyant notamment de nouvelles sanctions financières et une pénalisation du recours au temps partiel subi.

La troisième thématique fait écho au rapport que Jérôme Ballarin, directeur de l'Observatoire de la Parentalité en Entreprise, avait remis en février au gouvernement et qui proposait notamment « une meilleure reconnaissance de la paternité ». En effet, le Pacte pour l’égalité propose une meilleure « valorisation de l’implication des pères et la conciliation des temps de vie », valorisation qui serait permise par un allongement du congé paternité et par la création de 500 000 places d’accueil de jeunes enfants.

Enfin, le Laboratoire de l’Egalité insiste sur la nécessité de fonder et de partager une véritable culture de l’égalité afin de changer durablement les mentalités. Cela passe d’abord par une lutte contre les stéréotypes sexistes. Un des principaux leviers pour faire évoluer les représentations réside alors dans « la formation du personnel éducatif en contact avec les enfants et les jeunes, de la crèche à l’université » explique Olga Trostiansky.

Si les propositions du Laboratoire de l’Egalité sont entendues par la classe politique et par les candidats à l’élection présidentielle, il faudra toutefois veiller à ce que la signature du Pacte pour l’Egalité par certains ne constitue pas une simple déclaration de bonne attention. Aussi ce pacte doit-il être une première étape visant à conduire ses signataires à un engagement durable. A ce titre, le Laboratoire devra trouver comment faire de ces 20 propositions un véritable outil capable d’orienter les futures politiques en matière d’égalité professionnelle.

Olga Trostiansky
Olga Trostiansky

Présentation du pacte à l’occasion de la soirée du 2 avril

Afin de donner plus d’impact et plus de visibilité à cette action, le Laboratoire de l’Egalité a accompagné son pacte d’une vaste campagne d’affichage et de publicité vidéo afin de toucher l’ensemble des électeurs. Le Laboratoire de l’Egalité a également entamé un tour de France afin de présenter le pacte et d’organiser débats et tables rondes, à l’image de la soirée organisée à l’ESSEC le 2 avril denier.

Introduite par Vivianne de Beaufort, cette soirée a offert à plusieurs intervenants l’occasion de débattre autour de deux thèmes : « femmes et entreprises » et « lutter contre les stéréotypes chez les populations le plus fragiles ». Au cours des deux tables rondes, la question de la lutte contre les stéréotypes s’est révélée centrale, faisant ainsi écho à la quatrième thématique du Pacte pour l’égalité. Cécile Barry, présidente de Action‘elles, Géraldine Frobert, Directrice de la création de l’information et formalités d’entreprise à la CCIV, et Julien Morel, directeur d’ESSEC Ventures, ont par exemple cité comme facteur susceptible d’expliquer le faible taux d’entreprenariat féminin la projection stéréotypée d’une figure masculine de l’entrepreneur. Deux solutions proposées furent alors d’enseigner l’esprit d’entreprise plus tôt afin de lutter contre la création de stéréotypes. La mise en avant de role models et la dissémination de leurs témoignages sont également apparus comme essentiels.

Affiche issue de la campagne de sensibilisation lancée par le Laboratoire de l'Egalité
Affiche issue de la campagne de sensibilisation lancée par le Laboratoire de l'Egalité

Subscribe

Vous souhaitez accéder gracieusement à l’ensemble des contenus disponibles sur le site (études, comptes-rendus de recherche, interviews, etc.) ou à la newsletter de Women Equity for Growth, inscrivez-vous.

Enregistrez-vous